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« Le FMI et la BM sous pression des USA »

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Par Imen Zine
2/12/2014 à 17h10

Le Bretton Woods Project et l’Observatoire Tunisien de l’Economie (OTE) ont organisé, ce matin à Tunis, une conférence internationale sur «Le rôle de la Banque Mondiale (BM) et du FMI dans les pays arabes en transition», présidée par Sargon Nissan, chef de projet FMI et Finance – Bretton Woods Project (Royaume-Uni) et Andres Pizarro, ex-spécialiste du programme Lead Transportation de la BM (Argentine), en présence des représentants de l’OTE, de la presse nationale et d’experts de renommée.

Cette rencontre a été une occasion pour informer les citoyens tunisiens sur les accords de confirmation entre le FMI dans les pays arabes en transition et discuter de leurs impacts économiques et sociaux sur la transition démocratique, ainsi que pour expliquer la dimension régionale des politiques du FMI et des autres institutions financières internationales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

FMI – BM : instruments de développement ou de pression ?

En ce qui concerne le fonctionnement, les mécanismes d’intervention et les conditionnalités du FMI et de la BM dans les pays en transition, notamment la Tunisie, Sargon Nissan nous a déclaré que le contexte tunisien est très large et dans lequel ces institutions financières ont une forte présence. D’ailleurs, dans cette phase transitoire le recours au FMI demeure une obligation et non pas une alternative. Face à cette obligation, l’opinion publique s’interroge : comment fonctionnent-ils ? Comment exercent-ils leur pouvoir ?  En réponse, M. Nissan a déclaré que le FMI et la BM fonctionnent selon un même système, dont la gestion des crises dans les pays en transition. Cette gestion  opère à travers une conditionnalité imposée historiquement par ces institutions, ayant un impact sur les dettes de ces pays.

Toutefois, des négociations politiques sur le rôle du FMI se font pour en finir avec la prise de décisions en théorie par un comité présidé par le président du Fonds.  Ce comité va, par la suite,  voter selon l’engagement économique du pays. Sachant que le droit de vote majoritaire est accordé aux Etats-Unis.

«Avec ce système de fonctionnement, en vigueur depuis 2007, l’influence du FMI sur ces pays est en train de s’accroître de plus en plus, et les dangers ainsi que les risques s’accroissent en même temps», a affirmé M. Nissan.

Et d’ajouter que les conditions du FMI restent toujours opaques, et n’ont rien à voir avec les décisions prises. Autrement dit, « le vrai pouvoir est exprimé informellement, surtout que les Nations unies ont leur pouvoir sur toutes sortes de financement. Et le FMI n’est qu’un monopole», a-t-il précisé. Ce monopole fonctionne sous conditions :  la stabilité, la libéralisation, la privatisation des économies des pays en transition.

De même, le Fonds impose de nouveaux instruments de réformes à mettre en place dans ces pays, notamment celles du système fiscal, le règlement du problème des inégalités, de l’importance du rôle de la femme dans l’économie du pays…

Parallèlement à ces conditions, «le FMI reste très lié au volet politique plus qu’au volet économique du pays. Il devient «un animal politique» en termes de réformes», renchérit-il.

Face à ces défaillances, le rôle de Bretton Woods Project consiste, selon ses propos, à exercer des pressions sur le Fonds et d’autres institutions similaires pour changer leurs vision et  politique de fonctionnement, loin de tout genre de pressions des USA.

«Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change», a conclu Sargon Nissan, paraphrasant la célèbre expression de l’écrivain sicilien Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans  Le Guépard   (« Il faut que tout change pour que rien ne change« ), soulignant qu’il ne faut pas accorder de privilèges aux riches, il faut plutôt penser aux pauvres pour qu’on puisse changer.

Dans le même sillage, Andres Pizarro  a été unanime avec M. Nissan concernant la pression exercée par les USA sur les institutions financières, puisqu’ils sont majoritaires au niveau des droits de vote. «Il est vrai qu’il n’y a pas de directives directes des Etats-Unis, mais leur influence existe, notamment au niveau de la matrice idéologique de la Banque Mondiale qui est dominée par des économistes néoclassiques, dont la théorie ne s’intéresse pas aux pays en développement», a-t-il estimé.

«D’ailleurs les USA, avec leur forte influence, utilisent la BM comme  un« instrument de politique extérieure», qui représente les créanciers et non pas en tant qu’ agence de développement des pays en voie de développement», a conclu M. Pizarro.

Bretton Woods Project en bref

Bretton Woods Project est un réseau qui produit des informations et des analyses sur la Banque Mondiale et le FMI. A la fois outil de contrôle et d’information, ce réseau milite pour plus de transparence et de participation de la société civile dans les politiques et interventions des institutions financières. Il s’intéresse notamment à l’impact des financements de la BM et du FMI sur les pays en développement.